7-2 | Table of Contents | DOI 10.17742/IMAGE.VOS.7-2.2 | GwiazdzinskiPDF


Résumé | En 2016 le mouvement « Nuit debout » a pris possession de l’espace public dans de nombreuses villes françaises. Loin de la colonisation par la lumière et le marché, loin du repli sécuritaire ou du marketing événementiel des « Nuits blanches », la mobilisation a notamment permis de redécouvrir les dimensions politiques et humaines essentielles de la nuit. Une première approche systémique et « chronotopique » permet de questionner la visualité et l’invisibilité, de s’interroger sur le régime d’intermittence de cette « scène » nocturne, sur l’organisation et sur les formes de ces agencements temporaires connectés et sur l’intensité de ces « hypertopes », ces lieux « augmentés » par l’intensité des échanges – en face à face et à distance – et l’expérimentation in situ.  Ici et ailleurs, ces appropriations (ré)inventent un espace public du faire, comme autant de « lucioles » dans la « multitude » et d’occasions “d’exister la ville.”

Abstract | In 2016, the « Nuit débout » movement took over public space in numerous French towns and cities.  Rather than representing the colonization of night by light and commerce, and lacking the controlled security or event-marketing of “Nuit blanche”, these demonstrations quite remarkably allowed for a rediscovery of the essential human and political dimensions of the night.  Through an approach both systemic and “chronotopic” we examine the visuality and invisibility of this night-time “scene,” with attention to its regime of intermittence, its organization, the forms of temporary and connected agencies involved, and the intensity of its “hypertopes”, those places enhanced by the intensity of exchanges (both face to face and over distances) and by in situ experimentation.  Here and elsewhere, these appropriations (re)invent a public space of action, like so many “fireflies” amidst the multitude and as occasions in which the city assumes its existence.

Luc Gwiazdzinski | l’Université Grenoble-Alpes

NUIT DEBOUT
Première approche du régime de visualité d’une scène nocturne

C’est la nuit qu’il est beau de croire en la lumière
Edmond Rostand

Pouvant être blanche et noire à la fois, la nuit révèle l’homme et la ville dans leurs complexités et leurs ambiguïtés. Fin mars 2016 est apparu en France un mouvement atypique appelé « Nuit Debout » qui intrigue au-delà des frontières hexagonales. Né des manifestations contre le projet de loi travail de la ministre Myriam El Khomri- qui a servi de détonateur et de catalyseur -, le phénomène qui a pris place dans les villes françaises interpelle le géographe et les acteurs de la fabrique de la ville contemporaine.[1] Les observations, enquêtes et immersions effectuées depuis le début du mouvement en mars 2016 sur plusieurs sites dont Paris et Grenoble permettent d’engager une première réflexion sur le régime de visualité – comprise par Mirzoeff comme une construction sociale et culturellement informée – du mouvement en cours à partir d’une décomposition systémique et de l’observation de l’équipement matériel de la sociabilité, de ses objets et de ses manifestations dans les espaces et les temps de la ville.

Posture nocturne

Le nom même du mouvement Nuit Debout oblige à opérer un changement de regard sur la ville et la société. La nuit urbaine est longtemps restée un espace-temps peu investi par l’activité humaine. La ville semblait privée de la moitié de son existence, comme amputée de ses heures sombres (Gwiazdzinski 2016, La ville 24h/24). Mais les temps changent. La cité revoit ses nycthémères et toute la société est bouleversée. Dans nos métropoles soumises au temps continu de l’économie et des réseaux, une partie de la vie sociale et économique reste désormais en éveil.

Avec le mouvement des places, une autre nuit s’invite dans l’actualité du jour. Loin de la colonisation par la lumière et le marché, loin du repli sécuritaire et du marketing événementiel des « nuits blanches », le mouvement permet de redécouvrir les dimensions politiques et humaines essentielles de la nuit. L’histoire montre que quand les opinions politiques font l’objet de poursuites, il reste la nuit pour les exprimer secrètement. Alors la nuit n’est plus licence, elle devient liberté. C’est là que les conjurés se cachent, que les jacqueries se fomentent, que Spartacus lève ses troupes, que la résistance imprime ses journaux, que la Movida résiste au franquisme et que chacun refait le monde. C’est là que Nuit Debout a choisi de s’installer reprenant à son compte toute la charge symbolique et toutes les ambiguïtés de la nuit (Figure 1).

Figure 1. Inscription au sol, Nuit debout Paris

Fierté

Être debout la nuit, c’est être à contre-courant, défier les rythmes de Dame nature et la norme sociale dominante. La vigilance de quelques-uns permet au reste de la communauté d’espérer des lendemains qui chantent. On peut y déceler la fierté de l’homme debout, celui qui se dresse et qui résiste. En contrepoint, Nuit Debout a ringardisé deux formes classiques de mobilisations et de pratiques citoyennes : le rendez-vous télévisuel du président de la République devant un panel de Français (« Dialogues citoyens avec François Hollande. ») et les traditionnels défilés du 1er mai même si de nombreux militants y participent également. Ces deux moments ont semblé relever d’une rhétorique et d’une forme passées, celle de la société industrielle et de la modernité là où Nuit Debout a proposé autre chose, autrement. Même chose pour des figures tutélaires du paysage audiovisuel français – comme le philosophe Alain Finkelkraut – ou les politiques, qui ont tenté la rencontre ou la récupération sur la place de la République à Paris et ont souvent été priés d’aller débattre ailleurs.

Scènes et outre lieux

Nuit Debout fait date et a lieu. Le mouvement se déploie la nuit ou plutôt en soirée retrouvant là une temporalité du politique en temps de crise. Contrairement à la Révolution française, Nuit Debout ne fait pas table rase du calendrier existant. Il s’y installe et le change. Ici on compte en jours du mois de mars, date de début des manifestations. Même chose pour les lieux et les symboles existants comme la Place de la République à Paris, qui sont appropriés, customisés et détournés.

La première forme la plus visible de Nuit Debout est sans doute l’occupation des places publiques dans la capitale et en Province (Figure 2).

Figure 2. Site permanent de Nuit Debout Grenoble

La seconde forme moins durable consiste en opérations qui se projettent ailleurs dans la ville. Le mouvement ne s’enferme pas sur les places, mais multiplie ces happenings comme devant la Société Générale le 20 avril 2016 en réponse à l’affaire des Panama Papers.[2] À Grenoble, une cinquantaine de militants de Nuit Debout ont participé à l’inauguration d’une nouvelle agence de la Société panaméenne de développement pour dénoncer l’évasion fiscale de la banque française dans une ambiance festive avec décor de palmiers et déguisements de banquiers. Les manifestations et les occupations sont également l’occasion de tester des dispositifs visuels de murs de propositions, de graffitis et slogans aux pochoirs à la peinture biodégradable (Figure 3) ou au nettoyeur à haute pression sur les sols, voire de projections instantanées de textos sur les façades en soirée (Figure 4).

Figure 3. Mur de propositions, Nuit Debout Grenoble

Figure 4. Fabrique de pochoirs, Nuit Debout Grenoble

Il se veut multiscalaire et fractal, tentant de se déployer sur les places (Figure 5), de toutes les villes de France de la plus grande à la plus petite, dans les centres et les périphéries encore peu associées avec #banlieudebout. Avec #globaldebout, il cherche des relais et des connivences hors de l’hexagone urbi et orbi. À Paris, place de la République, des représentants italiens, espagnols, belges et allemands ont pris la parole, manière de mettre en scène l’aura supposée de la mobilisation hexagonale au-delà des frontières, de s’assurer des relais à l’international et de contribuer à l’hybridation des pratiques locales, translocales et globales in situ.

Figure 5. Nuit Debout Place commune, Paris

Les formes prises par ces dispositifs temporaires peuvent être décrites de différentes manières (Figure 5). Les rassemblements constituent des territoires : « agencements de ressources matérielles et symboliques capables de structurer les conditions pratiques de l’existence d’un individu ou d’un collectif social et d’informer en retour cet individu et ce collectif sur sa propre identité » (Debarbieux 910) éphémères avec leurs limites spatiales et temporaires plus ou moins floues, leurs acteurs, leurs pratiques, leurs productions, leurs rites (Segalen), leurs représentations et leurs promesses. Ces « agencements », « arrangements et dispositions » (Deleuze et Guattari 1975), ces « territorialités temporaires » (Gwiazdzinski 2016, « Nouvelles explorations urbaines. ») et « archipéliques » sont également inscrits dans des réseaux physiques et virtuels. Loin de l’image des territoires immuables et enfermés dans leurs frontières, ils se déploient sur la toile et leurs géographies relèvent de l’effervescence, de l’archipel et du réseau. En ce sens, il s’agit de lieux et de territoires « augmentés » par l’intensité des interactions et des échanges in situ et au-delà – à travers les réseaux sociaux numériques – et par l’expérimentation sur le terrain et sur la toile que les notions classiques de lieux et de territoires ne réussissent pas à saisir.

Chaque place semble un lieu d’articulation au Tout-Monde (Glissant) et un point d’accueil aux idées et aux individus circulants, marginaux sécants et acteurs de la mobilité des idées et des politiques (McCann). Comme l’écriture d’Édouard Glissant, Nuit Debout occupe un cadre spatio-temporel, sans ligne de démarcation ni cloison. En ce sens, les notions de « lieu » et de « territoire » utilisées par les sciences du territoire ne sont plus satisfaisantes. La notion de « scènes » de William Straw parait mieux adaptée à ce mouvement multiscalaire que celle de territoire : associant à la fois un groupe de personnes qui bougent de places en places, les places sur lesquelles ils bougent et le mouvement lui-même.

Figure 6. Totem, Nuit debout Grenoble

À une autre échelle, celle du site et du lieu et afin de qualifier les agencements chronotopiques temporaires émergents, nous proposons de forger deux notions. La première est celle « d’outre lieu », pour parler d’un lieu augmenté et dépassé, un lieu « au-delà du lieu », en lien avec des autres et des ailleurs, une sorte de « global microspace » (McCann) augmenté. La seconde est celle « d’hypertope ». Elle exprime sans doute mieux les caractéristiques de ce type de sites et de lieux augmentés : forte intensité des interactions locales et globales, physiques et virtuelles, dimension expérientielle et expérimentale, système de valeurs communes des acteurs, discontinuité spatiale avec l’environnement proche, régime temporaire intermittent et visibilité temporaire.

Dialogues et résonnances

Les membres de ces mouvements ne sont pas les seuls à la manoeuvre dans l’espace public et dans l’éprouver à fonctionner selon les principes de la « machine de guerre » (Deleuze et Guattari 1980) pour tenter de reconquérir un territoire de liberté, faire vivre une utopie concrète, une utopie du faire (Gwiazdzinski 2016, « Entre nouveaux imaginaires et mobilisations collectives. »). Leurs démarches sont en résonnance avec une mode actuelle qui valorise l’expérience corporelle et le sensible, en lien avec d’autres occupations de bâtiments, de portions de territoires et d’expérimentations « basées sur la discrétion, la fragilité, la simplicité, l’ouverture, le partage et la solidarité qui accueillent également l’incertitude structurelle et structurante de notre quotidien » (Gwiazdzinski et Frérot, « Penser le fragile et l’incertain en vue d’une société vive. »).

Nuit Debout fait écho avec d’autres mouvements d’occupation des « places » à travers le monde très bien relayés par les réseaux sociaux et les médias : Occupy Wall Street, les Indignados espagnols en 2011, Athènes ou le Printemps érable du Québec. On pense également à l’occupation de places du Printemps arabe dès 2010 en Tunisie, en Égypte, en Libye. On ne peut oublier les images de la Révolution ukrainienne sur la place de l’indépendance, celles de la place Taksim à Istanbul en 2013 ou de la Révolution des parapluies à Hong Kong. Elles s’inscrivent dans la longue histoire des insurrections urbaines et du « Droit à la ville » (Lefebvre 1968) et renvoient également à d’autres formes d’occupation et de résistance territorialisées contemporaines comme celles qui ont émergé quant à certains projets d’aménagement : les Zones à défendre (ZAD). C’est notamment le cas dans la lutte contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), le barrage de Sivens (Tarn), la « ferme des mille vaches » à Ducrat (Somme), le Center Parc de Roybon en Isère (Figure 7) ou le Grand Stade à Lyon.

Figure 7. Barricades sur la ZAD de Roybon

À une autre échelle encore, on a vu se développer les actes de « guérilla jardinière/potagère », ces formes d’occupations portées par la « génération végétale » (Bastien et al.) comme à Grenoble avec les jardins d’utopie (Figure 8) sur le campus universitaire ou à Strasbourg où des collectifs ont installé, jardins, poulaillers et baraquements sur des espaces appartenant aux pouvoirs publics.

Figure 8. Jardins d’utopie sur le campus universitaire de Grenoble

Pluralités

Nuit Debout n’est assurément pas un parti. Face aux journalistes qui cherchent à leur coller une étiquette ou à les renvoyer à des représentations classiques les militants se définissent comme un mouvement, insistant de fait sur le processus plutôt que sur la structure et sur l’agilité plutôt que sur l’institutionnalisation. À celles et ceux qui leur demandent s’ils vont s’inscrire dans la politique, ils rétorquent qu’ils en font déjà et obligent leur interlocuteur à changer de paradigme. À celles et ceux qui leur demandent quelle forme de société ils souhaitent, ils répondent en renvoyant autour d’eux, à ce qu’ils expérimentent déjà sur place avec la gestion du site, la restauration et la cohabitation entre populations différentes. « The process is the message » pourraient-ils répondre en paraphrasant les militants d’Occupy Wall Street. Le mouvement associe des citoyens de différents horizons et pas seulement des jeunes gens désœuvrés comme le montre toute une imagerie. À Paris, une étude menée par des chercheurs en sciences sociales auprès de 600 personnes a plutôt permis de montrer la relative diversité des participants (Baciocchi et al.). Sur la place de la République, les quartiers les plus représentés sont plutôt ceux de l’Est parisien et 37 % des participants habitant en Ile-de-France viennent en fait de banlieue. La majorité des participants est diplômée du supérieur long, alors que ce n’est le cas que du quart de la population française. On compte 16 % d’ouvriers parmi les actifs soit trois fois plus qu’à Paris. Sur tous les sites, les hommes constituent une majorité des participants entre 60 et 70 % selon les soirées et ce pourcentage augmente au fil des heures. En termes de gouvernance, ce mouvement se déploie selon des modalités particulières. Il n’est pas pyramidal, mais horizontal sans chef assumé même si des figures comme l’économiste Frédéric Lordon en seraient les instigateurs. Au fil des nuits et malgré un effort permanent de rotation, des personnalités finissent par émerger du collectif plébiscitées par les participants grâce à un talent d’animation et de synthèse ou un enthousiasme communicatif et sont naturellement choyées par les médias. À Nuit Debout, comme à la Puerta del Sol à Madrid ou à Occupy Wall Street à New York on parle d’autogestion et de démocratie sans leader. Comme les « zadistes », les militants revendiquent un fonctionnement horizontal, sans porte-parole.

Codes et lisibilité

Les participants ont leurs codes vestimentaires, leurs pratiques et leurs rites. Le cœur du dispositif et son temps fort est l’Assemblée populaire. Tout le monde s’y retrouve pour présenter les avancées du jour, débattre et voter à main levée sur de nouveaux projets et actions pour le mouvement et pour le site. À Paris, l’évacuation journalière de la place par les forces de l’ordre et le remontage le soir suivant sont deux rites fédérateurs. À Grenoble où le campement est tenu 24h/24 – suite à un accord particulier avec la municipalité – c’est la traversée de la nuit, la surveillance du camp et l’entretien des lieux qui tiennent lieu de rite et sont sujet à polémiques. Dans la Nuit Debout on s’assoit en cercles pour parler (Figure 9), échanger dans de nombreuses commissions aux noms parfois exotiques (éveil des consciences, travail, antispécisme, logement, monnaie locale, alimentation, habitat, mobilité, droit à la ville, féminismes…), mais aussi sur des thèmes qui renvoient à la chronophage organisation de la vie quotidienne : coordination, logistique, accueil et sérénité, communication, déchets ou toilettes sèches.

Figure 9. Cercles de parole, Grenoble

On s’exprime avec les mains pour dire son approbation ou signifier un désaccord. Il existe un vocabulaire, une rhétorique particulière mélange de l’air du temps et de l’héritage des luttes sociales d’antan comme « convergence des luttes ».

Entre peur et romantisme, « dangerosité » et « invention d’un autre monde », le regard contrasté de l’extérieur renforce l’identité de ces militants et de leurs communautés temporaires. Le mouvement intéresse la presse et les médias avec de nombreux articles et émissions au contenu oscillant entre la bienveillance du journal Libération et du site Mediapart, le soutien de l’Humanité et du Monde diplomatique et les critiques du Figaro pour qui « les utopistes du début ont vite été dépassés par les événements » (Jolly, « La face cachée de Nuit Debout ») et qui considère que le mouvement est « l’hybridation d’un baba-coolisme pseudo-soixante-huitard et d’une racaillitude brute de décoffrage jouissant de l’anéantissement de ceux qu’elle jalouse » (Lenesley, « Nuit debout : le triomphe de la “loser attitude”.». Les partisans et les adversaires participent à la lisibilité du mouvement et l’enferment sans doute dans la caricature. De son côté, Nuit Debout maîtrise très bien sa communication. Il produit de nombreuses représentations (logos, affiches, pancartes, banderoles, etc.) qui le rendent lisible dans l’espace public et sur la toile. L’organisation gère sa communication et la mise en scène du mouvement avec une radio et une télévision et sur les places la commission communication est très active. À Paris, Nuit Debout a ses vedettes qui témoignent en direct sur Périscope tous les soirs. Le mouvement est également très actif sur Twitter et Facebook notamment. Paradoxe parmi d’autres, #nuitdebout est presque devenue une marque, un étendard, un mode de faire qui se décline à l’envie dans de nombreux milieux et disciplines. En quelques semaines on a vu fleurir, les @architectesdebout, @enseignementsdebout, @avocatsdebouts ou @banlieuesdebout. Suprême pied de nez aux valeurs affichées par ce mouvement anticapitaliste, le 10 novembre 2016, « Nuit Debout » est officiellement devenue une marque déposée à l’INPI. Ses propriétaires vont pouvoir utiliser le nom du mouvement à des fins commerciales. « Triste destin pour un nom qui aurait du rester inaltérable » (Gazette Debout, « La ” marque ” Nuit Debout privatisée. »).

Esthétique de la bricole et du précaire

Ces manifestations et occupations participent à la production d’une esthétique particulière au sens d’« ensemble des caractéristiques qui déterminent l’apparence d’une chose, souvent synonyme de design ou d’aspect physique » (Wikipédia, « Esthétique. »). Le recyclage, le modeste, le frugal, sont naturellement présents quand il faut habiter le lieu, dormir et manger sur place avec les moyens du bord. Entre mobilier de récupération et disco soupe, une esthétique de la bricole, du temporaire et du fragile s’impose (Gwiazdzinski 2015). Les palettes se mélangent aux tentes, aux bâches des abris précaires, aux équipements de camping et bibliothèques libres, mais aussi aux graffitis, affiches et banderoles. Les amateurs de bons mots préféreront sans doute parler d’une « esthétique de la palette » pour l’opposer à une « esthétique de la paillette » propre à certaines formes de spectacles.

Cette esthétique participe sans doute au sentiment d’appartenance, voire à l’émergence d’une « citoyenneté visuelle » (Morgan), ce sentiment d’appartenance que confère le regard. Tous ces objets, tous ces dispositifs, cet équipement matériel de la sociabilité se déploient dans le cadre nocturne de la ville contemporaine avec ses bruits atténués, ses lumières artificielles, le ballet des phares de voitures et ses halos lumineux. La nuit tombe et avec elle s’installent peu un peu un climat, une « ambiance » (Augoyard), un environnement et un paysage nocturnes qui facilitent la libération de la parole, les rencontres et les échanges.

La nuit offre un écrin particulier aux dispositifs et aux idées. Comme dans un théâtre l’éclairage joue un rôle particulier. Il met en valeur les tentes et abris précaires des buvettes et des stands éclairés de l’intérieur. Une bougie renforce parfois le cercle d’une commission au travail. Certains stands ont pris place sous les dispositifs existants, lampadaires et candélabres. La distribution de repas, de boissons alcoolisées, la circulation de substances variées, les projections de films sur les murs (Figure 10), l’éclairage de la scène, le bruit du groupe électrogène et l’odeur des grillades contribuent à la mise en scène du lieu et de l’événement.

Figure 10. Projections à Nuit Debout Grenoble

Le visiteur non impliqué hésite entre le théâtre total autant visuel qu’auditif où chaque détail du décor est important et une esthétique saturée de la fête foraine qui investit tous les sens et fait de nous des arnaqués consentants.

Comme des papillons, nous nous dirigeons naturellement vers les lumières, les odeurs, les mégaphones ou les haut-parleurs qui amplifient les interventions ou les ambiances musicales souvent en concurrence. Cette logistique sonore déployée sur le site ou pendant les opérations de projection de Nuit Debout, influencent sans doute nos corps et nos comportements comme l’ont montré les travaux de Steve Goodman sur l’utilisation du son à des fins stratégiques, tactiques ou commerciales. Sans que l’on puisse ici parler de coercition physique et psychologique, ces contributions visuelles, narratives, sonores, olfactives, gustatives ou spectaculaires, contribuent à ce qu’Allen F. Roberts, qualifie de « refabulation » des espaces et des dynamiques territoriales.

Comme tout mouvement politique digne de ce nom, Nuit Debout a également ses mythes fondateurs, ses batailles et ses héros blessés aux premières heures de la mobilisation comme à Grenoble le 31 mars. Elle a ses figures légendaires comme Rémi Fraisse (Figure 11), jeune militant écologiste mortellement blessé par les forces de l’ordre lors d’une manifestation contre le projet de barrage à la ZAD de Sivens. Elle a déjà ses films cultes comme Merci patron de François Ruffin projeté en boucle ou le documentaire Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Des livres circulent également parmi les participants comme TAZ d’Hakim Bey ou les deux opus du Comité invisible : L’insurrection qui vient et À nos amis.

Figure 11. Portrait de Rémy Fraisse, Nuit debout Grenoble

Glocalisation et expérimentation

Né de la contestation à propos d’un projet de loi sur le travail, le mouvement Nuit Debout se réunit autour de questions plus larges comme le développement durable, le logement, le partage, l’alimentation ou la « Françafrique » et d’expériences comme celles des Amap ou des monnaies locales. Il sert également de caisse de résonnance et de relai à des collectifs plus anciens œuvrant sur ces questions comme le DAL (Droit au logement). Ces occupations, ces actions et ces débats sont augmentés, amplifiés par la mobilisation croisée sur la toile et les réseaux sociaux, mais aussi par la circulation des personnes mobilisées d’un lieu à l’autre. Ils obligent l’extérieur à se positionner et favorisent le débat public en imposant également d’autres thèmes et questionnements. Entre « intersectionnalité » et « convergence des luttes », on « glocalise » en débattant d’ici et d’ailleurs, mais aussi en bricolant, en cultivant, en montant des spectacles et des performances. On expérimente comme par besoin de montrer in vivo sa cohérence : jardins, tentes, toilettes sèches, glaneurs pour s’approvisionner ou cuisiniers pour se sustenter et même poulailler.

Fabrique (Certeau) d’espace public

Les installations de Nuit Debout sont du côté du souple, du mobile et du temporaire face aux aménagements et infrastructures plus pérennes de la ville contemporaine ou aux bunkers de la culture institutionnelle. Les occupants sont du côté du transversal, alors que le pyramidal et le hiérarchique restent de mise. Ils détournent et rusent là face à des institutions « à bout de souffle » (Frérot) qui craignent l’innovation. Par leurs appropriations, ils fabriquent une ville métaphorique qui résiste à la ville dominante (Gwiazdzinski 2016, « La ville à l’épreuve des places. »). Au moment où des expositions nous interpellent sur la possibilité d’ « habiter le campement » (Collectif 2016), alors que l’État peine à trouver des solutions adaptées pour l’accueil des migrants notamment à Calais (Figure 12), les occupations de Nuit Debout obligent à s’interroger sur les modes d’habiter, les pratiques, mais aussi les mots, les images, les sons, les représentations et les inconscients de toutes sortes qui les accompagnent (Lazzarotti).

Figure 12. Habitat de fortune dans la « jungle » de Calais

L’occupation interroge le mouvement actuel de privatisation des espaces publics qui touche nos cités (Figure 13). Elle incarne la résistance et l’affirmation de personnes et de groupes invisibles ou définis en termes négatifs : sans domicile fixe, travailleurs pauvres, migrants ou jeunes précarisés. Elle (ré)invente un espace public du faire qui n’a quasiment plus de réalité par l’occupation des espaces publics urbains et l’émergence d’un espace public politique. L’occupation déploie une praxis ce faire dans lequel l’autre ou les autres sont visés comme êtres autonomes et considérés comme l’agent essentiel du développement de leur propre autonomie (Castoriadis). Mieux, le mouvement Nuit Debout propose une nouvelle dimension de l’espace public comme « lieu du faire », un espace et un temps où tester les notions de collectif et de commun au sens d’Aristote comme pratique consistant à produire, par le fait même de vivre ensemble, une législation et des règles de vie s’appliquant à tous ceux qui poursuivent la même fin (Dardot et Laval).

Figure 13. Monument Place de la République

Utopies en actes, situationnisme et commun oppositionnel. Ces « tiers lieux » (Oldenburg) transactionnels et dialogiques temporaires, ces configurations « conviviales » au sens d’Ivan Illich semblent pouvoir renforcer « l’autonomie de chacun » et permettant « d’accroitre le champ d’action de chacun sur le réel » voire de constituer un « bien commun » (Burret et Durieux, « Manifeste des Tiers-Lieux. »). Par leur capacité à faire vivre le lieu, à expérimenter et à « faire territoire », ces appropriations sont des utopies en actes. En s’appropriant les espaces publics, en fabriquant des « communautés d’expériences » – au sens de John Dewey -, des territorialités ou spatialités temporaires, des « temps communs » et des « situations », les militants contribuent à leur manière à changer le monde hic et nunc. Ces « communautés d’affects » (Lordon) sont également la marque d’une nouvelle revendication au « droit à la ville » dans le lointain sillage d’Henri Lefebvre (Debord 1967). Le commun qui émerge dans ces dispositifs d’occupation est le lien vivant entre, d’une part, une chose, un objet ou un lieu et, d’autre part, l’activité du collectif qui le prend en charge, l’entretient et le garde (Dardot et Laval). On peut parler de « commun oppositionnel » (Nicolas-Le Strat) cette expérience sensible, à la portée fortement émancipatrice, cette conception substantielle du rapport critique qui puise pareillement dans des affects « négatifs » et dans des affects « positifs », qui les conjugue pour, simultanément, dans le même mouvement critique, destituer les normes d’activité dominantes et en instituer de nouvelles.

Néo-situationnisme et imaginaire

Les militants ne se contentent pas de résister et d’occuper. En vivant sur place, ils expérimentent in situ. « S’attacher à ce que l’on éprouve comme vrai. Partir de là » (Comité invisible 2007, 85) : la recommandation leur sied à merveille. Ces acteurs qui cherchent des solutions « ailleurs que dans les livres » (Debord 2000) peuvent être qualifiés de « néo-situationnistes » (Gwiazdzinski 2013). Ils se réapproprient du réel dans tous les domaines avec souvent l’exigence de changer le monde. Ils construisent des « situations » : « Moment de la vie, concrètement et délibérément construit par l’organisation collective d’une ambiance unitaire et d’un jeu d’événements » (Internationale situationniste) d’où peuvent naître de nouveaux imaginaires. À partir de ces situations contre lesquelles « on se cogne » selon les mots de Lacan, ils cherchent à se « réapproprier le réel » c’est-à-dire « ce que l’on n’attendait pas » (Maldiney 2003, 143) faisant confiance à l’épreuve des situations, de l’improvisation et de la sérendipité.

Le détournement défini par la revue Internationale situationniste comme « intégration de productions actuelles ou passées des arts dans une construction supérieure du milieu » (Collectif 1958) est souvent présent. La réflexion nous renvoie naturellement aux « moments » d’Henri Lefebvre, au choix de résistance par réappropriation consciente et critique de notre quotidien. C’est une invitation à se réapproprier nos vies, à objectiver ce qui nous objective pour ouvrir les possibles à l’image de l’Oulipo. Enfin, s’il n’est pas certain que ces acteurs « changent le monde », ils « bouleversent la vie quotidienne » et changent la ville et le regard que l’on peut porter sur elle. À partir de ces situations, ils transforment de simples points sur la carte du monde en « lieux » qui « nous invitent à être » (Maldiney 2007).

« La modalité de l’imaginaire étant celle du potentiel » (Simondon 56), ils éprouvent, ils réalisent et ils font, ici et maintenant. Grâce aux « arts de faire » (Certeau), « ruses » subtiles, tactiques de résistance, ils se réappropriant l’espace et l’usage à leur façon et fabriquent une ville métaphorique qui résiste à la ville dominante, « s’insinue ainsi dans le texte clair de la ville planifiée et lisible » (Certeau 142). À leur façon, ils reconnaissent l’importance de l’imaginaire, qui « conjugué avec l’expérience, constitue la base même de nos géographies, nourrit les conceptions du monde et influence les pratiques spatiales » (FIG, « Les territoires de l’imaginaire. »). Ces dispositifs et agencements fragiles et temporaires participent d’une construction de la réalité et offrent la possibilité d’un imaginaire alternatif (Mirzoeff) qui contrebalance la visibilité triomphante.

Laboratoire de la ville et de la citoyenneté

La démarche oblige à s’interroger sur la ville « lieu de maximisation des interactions » (Claval), cet ensemble sans lieux ni bornes où la rencontre est devenue difficile. L’espace public métamorphosé par l’occupation et l’expérimentation devient à la fois le lieu de croisements et de rencontre, espace de débat et d’affrontements, « scène » (Straw) et habitat au sens d’Éric Dardel pour qui « l’habiter » n’est pas seulement du logement, mais « un mode de connaissance du monde et un type de relations affectives loin d’une approche abstraite ou technocratique de l’espace ». L’espace public permet d’exister, c’est-à-dire de « faire l’expérience de la présence en un lieu » (Maldiney 2007).

Ces occupations temporaires sont des laboratoires vivants de la complexité. La multiplication – jusqu’à l’overdose – des commissions (Figure 14) et des thèmes abordés met en évidence l’importance d’une approche systémique face à la gestion sectorielle classique.

 Figure 14. Programme journalier, Nuit Debout Grenoble

Les Nuits debout sont une école de la citoyenneté. Elles contribuent à faire émerger des « citoyens » au sens défini par Fustel de Coulanges : « On reconnaissait le citoyen à ce qu’il avait part au culte de la cité » (246). Sous réserve d’ouverture permanente à l’altérité et au débat, elles peuvent également contribuer à une revitalisation des mouvements d’éducation populaire hors les murs, à travers des dispositifs pédagogiques immersifs et réflexifs qui s’appuient sur l’expérience par la pratique et sur l’éprouvé de participants dans une logique de « territoire apprenant » (Jambes).

Entre médiatisation et mise en spectacle construites d’un côté, modestie et sobriété revendiquées de l’autre, Nuit Debout est à l’image de nos sociétés contemporaines et de leurs paradoxes (Barel). Elles questionnent la polyvalence des espaces publics et le partage des fonctions de jour comme de nuit. Elles interrogent les formes possibles de la ville malléable, réversible, adaptable, intermittente, une ville où les fonctions se succèdent sur un même lieu évitant la consommation d’espace. Elles poussent à l’invention et l’intelligence collective et plaident inconsciemment pour la mise en place d’un « urbanisme temporaire et temporel ». Nuit Debout n’est pas réductible à un lieu, un temps, un territoire même si son nom l’enferme dans une posture et un temps particulier. En ce sens, le mouvement est à l’image de la société contemporaine. S’il fallait trouver une forme, un concept, on hésiterait entre celle des « lucioles » de Pier Paolo Pasolini particulièrement bien adaptée à la nuit et à la mobilisation, celle de la « multitude » d’Antonio Negri et Michael Hardt : ensemble de singularités conservant leurs différences et néanmoins capables de penser et d’agir en commun, celle du rhizome (Deleuze et Guattari 1980) ou celle de « l’intermittence » (Gwiazdzinski 2012) comme une forme temporelle ou un régime particulier de visualité.

Nuit Debout est une scène politique et culturelle stimulante pour l’observateur. Elle nous oblige à adapter en permanence nos modes d’observation et d’analyse et à adopter une « rythmanalyse » (Lefebvre 1992) et une « pensée du tremblement » (Joignot) seule capable de saisir les bouleversements en cours. Les défis sont nombreux et dépassent les seules questions d’interdisciplinarité et de transfert de notions, concepts et outils. À travers Nuit Debout, on observe un processus nécessairement complexe et mouvant et non un résultat. On décortique des agencements temporaires furtifs, des objets et dispositifs nomades, hybrides (Gwiazdzinski 2016, L’hybridation des mondes), multi- et « transterritoriaux » articulant la matérialité des dispositifs dans les espaces publics et le virtuel des réseaux. On observe des mouvements qui surgissent, et retournent à l’invisible, dans une tactique de la disparition qui ne correspond pas aux formes de communs répertoriées. À peine a-t-on identifié un agencement émergent, une forme, un style, une esthétique, des dispositifs et un rythme qu’ils s’évanouissent déjà. Visibilité et invisibilité, matérialité et virtualité, monde physique et monde virtuel, matérialité et état gazeux, constituent l’identité même de ce régime de visualité multiscalaire et intermittent particulier.

Cette première approche limitée à l’espace matériel et social met en évidence l’importance des interactions entre acteurs et entre espaces physiques et réseaux sociaux numériques. Elle oblige à dépasser les approches dichotomiques entre espace matériel et espace virtuel pour une étude plus intégrée des interrelations (Hu, Gwiazdzinski et Wan) topographiques et topologiques Elle ouvre sur une réflexion plus large autour notamment des notions de « spatialités algorithmiques » (Beaude), des liens entre matériels et virtuel et des traces laissées dans les deux univers. Dans un monde liquide (Bauman), pluriel et en métamorphose, il nous faut en permanence distinguer et relier. C’est le paradigme de la complexité augmenté (Morin) par la toile et les réseaux sociaux numériques.

En juin 2016, le journal Le Figaro s’intéressant à la face émergée et visible du mouvement nous a offert une belle conclusion par Eugénie Bastié : « Nuit Debout s’est recouchée. ». Ce faisant, il a également rouvert le débat sur une belle interrogation : en répertoriant et analysant ces zones autonomes temporaires (TAZ) à l’articulation entre les « Utopies pirates » du 18ème et la « cyberculture » du 21e siècle, n’accélère-t-on pas le cycle de leur disparition-adaptation, visibilité-invisibilité?

Ouvrages cités

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Notes sur les images

Figure 1. Inscription au sol, Nuit debout Paris. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 2. Site permanent de Nuit debout Grenoble. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 3. Mur de propositions, Nuit debout Grenoble. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 4. Fabrique de pochoirs Nuit debout Grenoble. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 5. Nuit debout Place commune, Paris. Sources : photographie auteur, 2016.

Figure 6. Totem, Nuit debout Grenoble. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 7. Barricades sur la ZAD de Roybon. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 8. Jardin d’utopie sur le campus universitaire de Grenoble. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 9. Cercles de parole, Grenoble. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 10. Projections à Nuit debout Grenoble. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 11. Portrait de Rémy Fraisse, Nuit debout Grenoble. Sources : photographies de l’auteur, 2016.

Figure 12. Habitat de fortune dans la « jungle » de Calais. Sources : photos de l’auteur, 2016.

Figure 13. Monument Place de la République. Sources : photos de l’auteur, 2016.

Figure 14. Programme journalier, Nuit debout Paris. Sources : photos de l’auteur, 2016

Notes

[1] Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social du gouvernement de Manuel Valls depuis le 2 septembre 2015.

[2] Les Panama Papers désignent la fuite de plus de 11,5 millions de documents confidentiels issus du cabinet d’avocats panaméen détaillant des informations sur des sociétés offshore ainsi que les noms des actionnaires de ces sociétés.


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